Aller simple, avec Linda Stewart

20 janvier 2010, trois heures du matin. Depuis quelques jours, une tempête de neige s'abat sur l'Île-du-Prince-Édouard, l'une des provinces maritimes de l'est du Canada, au large du Nouveau-Brunswick. Les phares de la voiture que Linda vient de louer pour rejoindre l'aéroport d'Halifax révèlent à peine une route qui s'efface au fil des heures, malgré le passage des déneigeuses. Linda redouble d'attention pour ne pas perdre le contrôle. À l'arrière, deux jeunes bullmastiffs, Windson et Dudley, un bouledogue anglais, Quincy, et deux chats malicieux, Lucy et Sally. Tous ont le museau frais.

D'abord l'interminable traversée du pont de la Confédération, près de treize kilomètres au-dessus du détroit de Northumberland, complètement gelé. Puis la Nouvelle-Écosse, sous les bourrasques. Des animaux sauvages peuvent surgir à tout moment. Une ambiance digne de Stephen King, dont le Maine n'est pas si loin. Près de trois cents kilomètres, sombres et effrayants. Un billet d'avion dépasse du sac à main de la jeune femme. Un aller simple pour la France.

Changer de ville, de travail, d'amis, vendre sa maison et prendre un vol sans retour pour un autre continent : qui n'y a jamais songé ? Beaucoup en rêvent, peu franchissent le Rubicon. Changer de vie loin de ses racines, c'est prendre des risques, accepter de repartir de zéro. Ou pire, revenir les poings dans ses poches crevées, comme Rimbaud.

Aujourd'hui, Linda vit dans une petite commune de Gironde, loin de toute grande ville. Elle est tombée sous le charme d'une maison ancienne entourée de vignes, de champs de tournesols et de maïs, d'arbres de toutes sortes. Des oiseaux, des écureuils, des lapins, et même des biches. Quand je lui demande ce qu'elle préfère dans ce pays, ses yeux bleus brillent plus que d'habitude, sa voix se brise : « Ce que je préfère ici, ce sont les gens. »

Le premier week-end du printemps, l'odeur d'herbe coupée et de magnolias, et les ronflements de Mila, sa bouledogue anglaise, qui ne nous quitte pas, viennent par vagues se mêler à notre enregistrement.

L'entretien est en anglais.

« Le voyage est fatal aux préjugés, à l'intolérance et à l'étroitesse d'esprit, et beaucoup de nos gens en ont cruellement besoin. »
Mark Twain

Photos et musique originale © ChronicleFred.

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