Un été sans fin

Sur la route de la California 1, un été qui ne finit pas. Photo © ChronicleFred.

L'été est une saison de joie, d'espoir et de liberté. De déconnexion en reconnexion avec soi-même, il se réinvente à l'infini. D'Ocean Beach à la Côte des Basques, du sable chantant de Wakasa à la plage rose d'Elafonisi, l'air marin nous aide à mieux respirer, et à rêver d'un nouveau départ. Certains rêvent d'un été en forfait illimité, comme un baladeur en mode auto-reverse. Au fil des vagues, comme un sillon sans fin, voici les artisans d'une bande-son d'été. Vingt titres, pas un classement.

1. Quint Starkie, « Endless Summer »

Quint Starkie s'était promis de sortir un single chaque mois. Promesse tenue, en juillet, avec ce titre qui résume toute la série : « une chanson simple sur une romance estivale », dit-il. Une rayonnante sincérité, et la voix de Jule Wiegand.

2. Geyster, « Highway to the Sun »

Un album de Geyster dans la valise, c'est comme la crème solaire : impossible de l'oublier. Radio Geyster 1977 vous replonge au cœur d'un été inoubliable. Une virtuosité imparable.

3. Crosby, Stills & Nash, « Just a Song Before I Go »

L'été 1977 scintille de paillettes disco. Mais d'autres résistent aux sirènes. Les Eagles viennent de connaître le plus gros succès de leur carrière avec « Hotel California ». Et Crosby, Stills & Nash amarrent en plein été cette ballade tendre sur le moment de quitter ses proches pour partir en tournée. Embarquement immédiat.

4. Louis Lake, « Straight to the Sun »

Coup de maître pour Tales from the Magic Sun, premier album de Louis Lake, en 2015. La bande-son des grands espaces, des feux de camp et des plages californiennes. Jérôme Beuret s'y impose en mélodiste. Forcément estival.

5. Nightshift, « Ocean Bay »

Full Moon, album culte, vient de ressortir en vinyle. Jérôme Beuret et Gaël Benyamin y réalisent le rêve d'une génération : ces harmonies parfaites écoutées en FM, toit ouvert, cheveux au vent, de Los Angeles à San Francisco sur l'asphalte fumant de la California 1. Magistral.

6. Doug Brons, « Love Finds a Way »

Doug Brons sait atteindre le cœur en une poignée de notes. Extrait de Timepiece, paru l'été dernier, un titre énergisant à l'ADN AOR, entre Toto et Michael McDonald, avec Bill Champlin au chant et Tom Hemby aux guitares. Exaltant.

7. Con Funk Shun, « California 1 »

En 1981, Con Funk Shun publie 7, comme le nombre de ses membres. Sur « California 1 », la voix et la guitare de Felton Pilate racontent les souvenirs ensoleillés de cette route mythique qui longe le Pacifique. Un été qui ne finit pas.

8. Christophe Laurent, « Nuits brésiliennes »

En plein été 1985, ce 45 tours rafraîchit la bande FM des radios jeunes. Sur le périphérique ou l'autoroute du Soleil, un parfum de Brésil sur les quais de Paris. L'hymne d'un été idéal.

9. Christos Tambouratzis, « So Right »

Rare occasion d'honorer un artiste grec. Oubliez le sirtaki. Guitariste, compositeur et producteur, Christos Tambouratzis maîtrise tous les codes du son West Coast. Avec la voix élégante de l'Américain Phillip Brandon, une émotion sous le soleil méditerranéen.

10. Young Gun Silver Fox, « Danny Jamaica »

Canyons, troisième album du duo anglais formé par Shawn Lee et Andy Platts. Un son West Coast vif et moderne, l'élégance des années 70 et 80. Une mélodie menée à vive allure, des cuivres étincelants. Brillant.

11. Al Sunny, « A Million Miles Away »

Guitariste et mélodiste, Al Sunny est l'une des révélations de la nouvelle scène soul française. Après Time to Decide, en 2017, Planets met les amateurs de West Coast et de blue-eyed soul la tête dans les étoiles. Hollywoodiennes, bien sûr. Universel.

12. Véronique Sanson, « Rien que de l'eau »

En 1972, Véronique Sanson chantait déjà Bahia. Vingt ans plus tard, au cœur de l'été 1992, « Rien que de l'eau », extrait de Sans regrets, grimpe en tête des hit-parades aussi vite que le thermomètre. Un don miraculeux.

13. Thierry Condor, « Driving to L.A. »

Le Suisse Thierry Condor défend le style West Coast avec ferveur. Sur City Lights, il survole l'asphalte de la côte californienne avec Jay Graydon à la guitare. Une production d'une rare qualité, signée Urs Wiesendanger. Précision suisse.

14. Geyster, « The Bottle »

En 2012, Geyster rentre d'un road trip sur la côte Ouest avec Summertime, où il revisite Hall & Oates, America ou Christopher Cross. Pari risqué, pari gagné. Débouchons « The Bottle », de Gil Scott-Heron et Brian Jackson, millésime 1974, qui dénonçait les ravages de l'alcool dans l'Amérique des années 70. Remarquable.

15. Quincy Jones, avec Patti Austin, « Somethin' Special »

La musique est souvent liée à des souvenirs. Elle est le juke-box de nos vies. L'été 1981, je suis en vacances sur la côte atlantique. En fin de journée, je roule des heures à vélo sur une petite route qui longe les plages. Dans mon baladeur, la cassette de The Dude, le nouvel album de Quincy Jones. Le vendeur d'un magasin de disques me l'a conseillée, après le succès d'« Ai No Corrida ». Depuis, toute la musique que j'aime et que j'achète passe par le prisme de ce graal. Cet été-là, grâce aux crédits de l'album, une carte au trésor se déplie sous mes yeux. Patti Austin, à qui je reste d'une fidélité absolue. James Ingram. Greg Phillinganes, David Foster, Michael Jackson, Louis Johnson, Herbie Hancock, Steve Lukather, David Wolinski. Et le magicien de nos années FM, Rod Temperton.

16. Viktor Jakob-Jonsson, « A Little Denial »

L'été inspire les romances, et parfois des coups de foudre musicaux. Dès les premières secondes, l'extase ; au premier refrain, l'emballement. Viktor Jakob-Jonsson vient de Vilhelmina, une petite ville de Laponie suédoise, où la West Coast résonnait dans la maison familiale. Il écrivait ses premières chansons « en culotte courte ». Ma plus belle rencontre musicale de l'été.

17. Pink Computer, « Hot Sunshine »

Extrait de Doctor Love (Somekind Records, 2011). Un groove enivrant, une funk percutante, et la voix de la chanteuse franco-américaine Landis Coutzoukis. Au bloc opératoire, Cyril Granet opère avec dextérité. L'été n'est pas terminé.

18. The Korgis, « Everybody's Got to Learn Sometime »

Le tube des chaudes soirées de l'été 1980, numéro un dans plusieurs pays d'Europe. Son auteur, James Warren, raconte l'avoir écrite en un quart d'heure, à partir d'un seul accord. Pas une chanson d'amour, plutôt une méditation, du temps où il s'intéressait au travail sur soi. Belle façon de lâcher prise.

19. Chic, « Good Times »

La guitare de Nile Rodgers, la basse hypnotique de Bernard Edwards. En 1979, Chic est le plus grand groupe disco du monde. Au cœur du dernier été des seventies, « Good Times » et sa ligne de basse mille fois imitée règnent sur les hit-parades de la planète. Respect.

20. Page 99, « September »

Grâce à Page 99, la flamme du rock californien des années 70 et 80 reste vive. Le groupe se veut la nouvelle génération du yacht rock, le style le plus lustré qui soit, dans la lignée de Toto, Boz Scaggs, Steely Dan ou des Doobie Brothers. Nous voici au dernier week-end avant l'automne, et la série fait sa valise, à la recherche d'un été perpétuel. « September » a encore de beaux jours devant lui. Test de la page 99 réussi : selon l'écrivain anglais Ford Madox Ford, la page 99 d'un livre suffit à savoir si l'on a envie de le lire.

▸▸ Avance rapide. En février 2021, Page 99 publie son premier album, avec une reprise de « Lea », signée Steve Porcaro pour Toto.

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