Michel Delpech, la bande-son de nos vies

Printemps 1971, sur mon tricycle


Printemps 1971. Depuis peu, un tourne-disque trône dans le séjour familial. Les vinyles sont rares à la maison. Un jour, mon père rentre avec un 45 tours. Sur la pochette, un chanteur qui m'inspire tout de suite de la sympathie. Un pull jeté sur les épaules, façon bon copain. Rien à voir avec les vedettes pailletées du moment.

Pour moi, aucune hésitation : direction mon tricycle. Je tourne en rond dans le jardin, comme un disque, en chantant à tue-tête « Pour un flirt ». Perchée sur le balcon, la machine le rejoue inlassablement, avec une précision d'automate. J'ai retrouvé récemment une photo de ce moment-là. La voici. Ma première rencontre avec l'auteur du « Loir-et-Cher ».

Un mélodiste inventif, des textes qui collent à la vie de tous les jours. Pas un souvenir des années 60 et 70 qui ne soit lié, un jour ou l'autre, à l'une de ses chansons. « Wight Is Wight », en 1969, raconte le festival de l'île de Wight, le grand rassemblement hippie où Bob Dylan remonte sur scène cet été-là, et les rêves d'une génération aux antipodes de ses aînés. Et puis « Chez Laurette », « Que Marianne était jolie », « Rimbaud chanterait », « Le Chasseur », « Quand j'étais chanteur »... La liste est longue, comme une vie qu'on voudrait sans remords ni regrets. « Sans remords ni regrets », justement, signée Pascal Obispo et Lionel Florence en 1997. La claque.

La dernière fois que je l'ai vu, c'était à Bordeaux, place des Quinconces, un soir d'été, en juin 2008 je crois. Une foule immense. Il chantait « Vu d'avion, un soir », petite perle intemporelle où il se choisit pour maître Jonathan le goéland. Un texte presque prophétique. Je garde cette image : souriant, courageux. Comme toujours.

Michel Delpech était la bande originale de nos vies... quand on était chanteur.

Photo © ChronicleFred.

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