Louis Lake, Tales from the Magic Sun

Jérôme Beuret, dans la lumière du soir.
Tales from the Magic Sun est un album de petites histoires magiques. Dix-sept chansons de toute beauté. Une bande-son pour les passionnés de grands espaces, de soirées autour d'un feu de camp, de plages californiennes. Coup de maître pour le premier album studio de Louis Lake, le groupe fondé par Jérôme Beuret, qui s'impose en mélodiste, dans la lignée de Neil Young, d'America ou de Hall & Oates.

Jérôme s'était révélé en 2007 comme compositeur et coproducteur de Full Moon, l'album aux accents californiens de Nightshift, réalisé avec son complice Gaël Benyamin, alias Geyster.

« Progress in Delusion » ouvre une succession de ballades où la virtuosité de Jérôme et de ses musiciens tourne les pages de ce conte musical. « A Place to Be » dévoile un son classic rock, une mélodie impeccable et un saxophone dans le souffle d'Al Stewart et de son « Year of the Cat ». Le saxo emporte plusieurs romances de l'album, mêlé à des guitares tour à tour acoustiques, hypnotiques, électriques, parfois teintées de blues. Les claviers envoûtent, les percussions étincellent. Louis Lake mêle pop, soul, électro, folk rock, blues et jazz, comme sur « Night Stories » ou le très West Coast « S.A.V.E L.O.V.E », avec Geyster. « Everyone Has a Flame », écrit avec sincérité, ne laisse aucune place aux artifices, et peut vous tirer une larme. « Straight to the Sun », ballade portée par une trompette et construite à la manière de Burt Bacharach, referme l'album avec bonheur. Forcément magique.

Louis Lake, c'est aussi le nom d'un lac des montagnes du Wyoming, paradis des pêcheurs, des randonneurs et des kayakistes. Un décor en Cinémascope. J'imagine volontiers que l'essence du groupe se cache là. Comme le chantait Neil Young, nous avons enfin trouvé notre « Heart of Gold ».

Louis Lake, Tales from the Magic Sun (Somekind Records, 2015).

Rencontre avec Jérôme Beuret

Bonjour Jérôme. Qui compose Louis Lake, et partagez-vous les mêmes influences ?

Bonjour Fred. On a des influences assez proches, en effet. Il y a Stéphane aux claviers, dont la culture se situe entre musique classique, jazz et rock. Notre bassiste, Audrey, dont le cœur balance aussi entre le classique et Roxy Music. Pour ma part, c'est la même chose, avec une tendance au rock progressif et à la West Coast des années 70 et 80.

Tu as composé et coproduit Full Moon, de Nightshift, avec Gaël Benyamin. Comment s'est passée cette nouvelle collaboration ?

C'est toujours très agréable de travailler avec Gaël. Il est le partenaire musical idéal pour moi, et depuis le premier album de Nightshift, notre connivence rend chaque collaboration plus fluide et plus riche. Il était évident que je fasse appel à lui sur mon album solo : j'aime son approche harmonique, et je savais ce qu'il pouvait apporter aux morceaux que je lui ai proposés.

Le nom de ton groupe vient-il de Louis Lake, dans le Wyoming ?

Ces paysages immenses sont très inspirants, on dirait une autre planète comparés à la France. Mais en fait, le nom du projet n'est pas un clin d'œil à cette région.

On a tout de suite un coup de cœur pour ce disque, et on lit partout qu'il tourne en boucle. Tu as une recette ?

Je n'ai pas de formule, hélas, si ce n'est de rester vraiment fidèle à ce qu'on a profondément envie d'exprimer. Un album, c'est comme un château de cartes : le moindre détail compte et fait tenir tout le reste. On peut penser que l'ordre des morceaux est anodin, mais les dernières étapes sont cruciales. Et plus il y a de morceaux, plus c'est un casse-tête. Il faut se laisser guider, l'inspiration prend le relais. On assiste alors à des choses étonnantes qui nous indiquent qu'on est sur la bonne route. Après tout ce travail, ça me fait plaisir que les gens ne s'en lassent pas.

Publier un album hors des sentiers battus, dans un marché saturé d'artistes formatés, c'est encore possible ?

Oui, mais en autoproduction, car je ne pense pas que mon album soit très plébiscité par les services marketing des maisons de disques. Le formatage dépend beaucoup de la mode. Je l'observe, mais j'en suis complètement déconnecté. J'ai toujours trouvé qu'être « à la mode » était l'antithèse de l'originalité. Je regrette que les gens ne résistent pas un peu plus aux effets de mode : je pense qu'ils tuent la musique à petit feu. Je préfère me fier à ce qui me plaît. Assez tôt, je me suis rapproché de la West Coast, sans doute parce qu'elle est bien plus complexe qu'on ne le pense, et d'une richesse infinie : c'est une musique de métissages.

Tu as dédié l'album à ton père. T'a-t-il transmis la musique ?

C'est surtout lui qui m'a transmis cette passion. Il m'a élevé en musique. Il écoutait Frank Zappa, Robert Wyatt, les Beatles ou Stevie Wonder. Quand je suis né, il était photographe. Il passait ses journées dans sa chambre noire, et quand il devait attendre qu'une photo se révèle, il jouait du piano. Il a beaucoup composé pendant mon enfance. J'adorais me tenir près du piano quand il jouait. Alors il prenait discrètement une poignée de bonbons et les déposait un par un en descendant le clavier. J'avais l'impression magique que les notes devenaient réalité, sous forme de bonbons. Des moments surréalistes, qui ont dû me transmettre le goût de la musique. Mon père nous a quittés pendant la création de l'album. Lui rendre hommage s'imposait.

Et maintenant ? Une tournée de Louis Lake et Geyster aux États-Unis ?

On prépare un nouveau live avec le groupe, un nouveau son, de nouveaux morceaux. Côté production, Gaël et moi avons commencé à composer le deuxième album de Nightshift. Pour la tournée américaine, c'est prévu ! Je plaisante, mais si l'occasion se présente, on le fera. Ce sera un rêve qui se réalise.

▸▸ Avance rapide. Jérôme Beuret nous a quittés le 12 juin 2023. Gaël Benyamin achèvera son dernier album, Into the Lens.

Photos avec l'aimable autorisation de Jérôme Beuret. Pochette photographiée par Audran Le Preste.

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