Geyster, s'échapper dans la nuit

 

Geyster, Escape in the Night (Somekind Records, 2021).

« On sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher. » La réplique culte des Bronzés font du ski m'amuse toujours. C'est la première idée qui m'est venue quand Geyster, alias Gaël Benyamin, m'a raconté la genèse d'Escape in the Night, son quatorzième album. Des versions dépouillées de ses propres chansons, où mélodies et textes gagnent en profondeur.

Janvier 2017. Une vague de froid s'abat sur Paris. Personne n'a envie de mettre le nez dehors, et sûrement pas l'un des amis de Gaël. Au coin du feu, le fripon réinterprète à sa façon les chansons de l'artiste, et a l'outrecuidance de les lui envoyer en messages vocaux. « Au début, j'étais un peu vexé, raconte Gaël. Il y avait presque un ton insultant, comme s'il dénigrait la manière dont ma musique était produite. Il m'envoyait à répétition des messages complètement pourris, où il changeait, par erreur, les accords, les rythmes, et même les paroles. À la première écoute, je me suis dit : mais quelle blague ! Puis, à la deuxième, il s'est passé un truc dans ma tête. »

Geyster a pourtant l'habitude de revisiter les chansons, les siennes comme celles des autres. En 2012, sur Summertime, il s'était approprié un répertoire réputé intouchable, avec son inséparable Fender Rhodes. L'année suivante, Down on Broadway prenait des allures plus rock, toujours avec ce son cristallin et ces arrangements sophistiqués, son ADN californien.

Geyster, Summertime (Somekind Records, 2012).

Geyster, Down on Broadway (Somekind Records, 2013).
Mais là, c'est autre chose. « Il y avait dans ses vagues réinterprétations quelque chose qui me parlait. Quelque chose de très épuré, de grave, de mélancolique, de sombre se dessinait. Tout ce qui ne transparaît pas habituellement dans ma musique, du moins au premier abord. » L'ami envoie une poignée de titres en guitare-voix. Gaël prend le relais. Une dizaine de chansons revisitées, dont trois nées de toutes pièces de l'aventure. L'ami a même réussi à glisser sa guitare dans l'album. L'enregistrement prend quelques mois, puis le disque attend son heure. « Bah oui, entre-temps, j'ai sorti quatre autres albums. »

Less is now ! Seul ou presque, Geyster joue tous les instruments, sauf sur trois titres, où Ivan Massé tient la batterie et Pierre-Marcel Aboulker la guitare acoustique. Il se réinvente en rajustant sa musique avec minutie. Ne dit-on pas que la simplicité est la sophistication suprême ?

Sur la pochette, Geyster devient « Mr Cool », héros de comics. Comment être heureux dans un monde anxieux et hypocondriaque ? Un indice traîne sur l'affichette « To prevent accidents ». Face à une société qui part à vau-l'eau, il joue avec une désinvolture déconcertante, dans sa bulle musicale. Peu importe le chaos, sa musique nous accompagne jusqu'au bout de la nuit.

Questions flash à Geyster

Gaël, quel est ton parcours musical ?

Je me suis mis à la musique relativement tard, vers 14 ans. D'abord la guitare, puis le piano. Ma meilleure école, ça a été d'imiter les Beatles, dont j'étais complètement fan, en jouant et en chantant leurs chansons. J'ai vite monté mon groupe de rock, les Dharma Bums. On composait nos chansons et on jouait dans les lycées parisiens, avec plein de groupies en délire ! Vers 19 ans, je me suis tourné vers le jazz, avec un maître du piano, Samy Abenaim. Vers 24 ans, je suis parti vivre deux ans à Los Angeles, où j'ai rencontré la chanteuse suédoise Pernilla Grönlund, avec qui j'ai fondé Geyster.

Quels artistes t'ont le plus influencé ?

Il y a les Beatles, et il y a le reste ! Le reste : Steely Dan, George Duke, Herbie Hancock, Joni Mitchell, Gil Scott-Heron, Donald Byrd, Gilbert O'Sullivan, Alan Parsons, Billy Joel...

Un souvenir de studio d'Escape in the Night à partager ?

Pas particulièrement, non.

De quelles chansons es-tu le plus fier ?

Ça, c'est la question qui tue ! Comme ça, à l'arrache : « Some Kind », « Holding On », « Jane », « Down on Broadway », « I Can't Get Through the Night », « Walking Out », « Television », « Back Home »... et quelques titres de mes prochains albums !

Que fais-tu cet été ? Concerts ou plage ?

Ni l'un ni l'autre. Je reste en studio tout l'été pour finaliser mes deux prochains albums, dont un entièrement en français.

La chanson qui incarne le mieux l'été ?

« Everybody Loves the Sunshine », de Roy Ayers.

Comment la musique a-t-elle influencé ta philosophie de vie ?

Je dirais plutôt l'inverse. Ma philosophie de vie a largement influencé ma façon de faire de la musique. J'étais beaucoup plus perfectionniste à mes débuts. Je le suis beaucoup moins aujourd'hui, même si je reste rigoureux. J'ai appris à lâcher prise. Dans la vie aussi.

Vidéo : Geyster, « Bye Bye Superman (naked) », réalisée par Nils Benyamin (Somekind Records, 2021).

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