Cerrone, l'ADN d'une super nature

DNA, de Cerrone (Malligator Préférences / Because Music, 2020).

Avec DNA, le nouvel album conceptuel de Cerrone, impossible de ne pas repenser à 1977. Le disco. Un mot neuf à l'époque, je vous l'assure, l'abréviation de « discothèque », bientôt un art de vivre. Dès février 1978, le 45 tours « Supernature », extrait de l'album du même nom, est en tête de nos hit-parades. On ne parlait pas encore de single.

Pour les ados de l'époque, ceux qui achetaient ses disques, difficile de savoir qui était vraiment Cerrone. Un Américain ? Un groupe ? Nos trois chaînes de télévision faisaient la part belle aux variétés, tandis que « Supernature » révolutionnait déjà les radios et les discothèques. C'est un reportage de FR3 sur l'arrivée du disco en France, en décembre 1978, Voyage au pays du disco, qui m'a enfin permis de le voir et de l'entendre. Révélation. Il y expliquait qu'en vendant beaucoup de disques, il avait dû devenir son propre producteur, parce que personne n'en voulait, et tout faire lui-même.

Au milieu des années 70, Marc Cerrone force l'admiration. Fils d'Italien, il a grandi en banlieue parisienne. À force de persévérance, il devient un musicien français encore boudé dans son pays, alors qu'il reçoit les plus belles récompenses de l'industrie du disque aux États-Unis.

1977, Supernature

En octobre 1977, Cerrone enregistre Supernature à Londres. Sur la pochette, des créatures mutantes qui évoquent L'Île du docteur Moreau, le roman de H. G. Wells que le cinéma venait d'adapter, avec Burt Lancaster. Des sonorités expérimentales, nées d'un synthétiseur ARP Odyssey. Un disque en phase avec une époque où la science s'emballait. Dans son autobiographie, Paradise, Cerrone raconte son inquiétude devant les débuts du génie génétique : quatre ans plus tôt, deux chercheurs américains, Stanley Cohen et Herbert Boyer, avaient réussi à introduire de l'ADN de grenouille dans une bactérie.

Supernature, de Cerrone (Malligator, 1977).

À Londres, Lene Lovich insuffle au texte de « Supernature » le côté « no future » des punks anglais. Alain Wisniak a carte blanche pour ses sonorités synthétiques. Et Raymond Donnez, alias Don Ray, disparu en mars dernier, signe une fois de plus des arrangements superbes. Supernature fait le tour du monde, et inspire encore de nombreux artistes.

2020, DNA

Quarante-trois ans plus tard, le message de Supernature sur le rapport des hommes à leur planète trouve un écho dans « Impact », le premier extrait de DNA. On y entend la voix de la primatologue Jane Goodall, qui rappelle que nous n'avons pas hérité la Terre de nos ancêtres, mais que nous l'empruntons à nos enfants.

Souhaitons que cette bonne résolution nous épargne la fin du docteur Moreau, tué par l'une de ses expériences.

Visuels Malligator Préférences / Because Music.

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