dbClifford est Lucky

Malgré une solide réputation de chanteur et multi-instrumentiste, malgré ses récompenses, dont le John Lennon Award de la meilleure chanson pop pour « New State of Mind », dbClifford n'est pas sorti d'un moule pop préfabriqué. Sa voix, son écriture, son sens de la mélodie, son style visuel : rien d'un produit de télé-crochet. Un talent pur, sans artifice.

Londonien d'origine périgourdine, il a grandi près de Bergerac avant de partir pour Los Angeles à vingt ans. Avec Lucky Me, il signe une pop dans la plus pure tradition britannique, l'élégance feutrée du son d'outre-Manche. Enregistré aux studios d'Abbey Road, avec des musiciens qui ont accompagné Amy Winehouse, Grace Jones ou Jamiroquai, l'album marie une soul raffinée et une pop efficace. Le punchy « Broken Pieces ». L'envoûtant « Victoria », une vraie pépite. Les arrangements symphoniques de « Loves for You » et de « Push Through ». La funk cuivrée de « Break Out ». Et « Lucky Me », qui donne son titre à l'album et confirme son évolution. Tout rappelle l'amour des Anglais pour la Northern Soul.

Je l'avais interrogé une première fois en 2014. Il menait alors Phonixamadhi, un trio anglais formé avec William Cartwright et le batteur Arjun Magee. Le nom mêlait phonic, le son, et samadhi, un état de concentration absolue, celui du méditant, du sportif ou du musicien qui se perd sur scène. Le groupe avait choisi un EP de cinq titres plutôt qu'un album : déjà, m'expliquait-il, plus personne n'écoutait un disque en entier. Cinq ans plus tard, son label s'appelle Samadhi Music.

Phonixamadhi sur scène : dbClifford, William Cartwright et Arjun Magee.

dbClifford, en 2019

Parlons de Lucky Me. Tu en es heureux ?

Oh que oui ! C'est un peu mon premier vrai album, enregistré dans des super studios, Abbey Road entre autres, avec une équipe de musiciens et d'ingénieurs du son hors pair. L'écriture est beaucoup plus mûre, et extrêmement sincère. Je n'ai qu'une hâte, c'est de le sortir !

Les artistes puisent souvent dans leur vie. L'as-tu fait avec Lucky Me ?

C'est même presque tout ce que j'ai fait sur cet album. On ne va pas se mentir, c'est un album de rupture. Après douze ans de vie avec quelqu'un qu'on aime, quand on se retrouve seul face à l'abîme, je crois que c'est là qu'on fait son meilleur travail. Ça fait mal, mais ça donne de belles choses, sincères et profondes. Mais Lucky Me reste positif : c'est plutôt une vision de ce qui est beau dans ma vie malgré tout, qu'un album triste sur la fin d'une époque.

On t'a parfois comparé à Jamiroquai. Quels artistes t'ont influencé ?

J'ai beaucoup écouté Jamiroquai entre treize et dix-sept ans environ, donc c'est normal. Mais à partir de son troisième album, il est parti vers le disco, l'électro, la pop, et je n'ai pas suivi. Je suis allé écouter ce que Jay Kay lui-même avait dû écouter : Stevie Wonder, les Headhunters. Et puis les Beatles, avec qui j'ai grandi, Steely Dan, Miles Davis, énormément de soul, de funk, de hip-hop, un peu de Jimi Hendrix, de Stevie Ray Vaughan, des Allman Brothers. Bref, vraiment de tout, pas que Jamiroquai ! (rires)

Quels défis as-tu affrontés au début, et qu'est-ce qui t'a fait tenir ?

Le plus gros défi, et c'est un problème de luxe, j'en suis conscient, c'est d'avoir signé à vingt et un ans l'un des plus gros contrats jamais signés, avec Universal et Interscope à Los Angeles, pour six albums. Après ça, tout paraît petit. C'est un peu comme si ma première copine avait été Laetitia Casta ou Vanessa Paradis : on perd ses repères, on peut se perdre dans le fantasme et ne jamais revenir sur terre. Mais la vie continue, et la carrière avec. J'ai dû énormément me remettre en question. Dix ans plus tard, je jouais à Londres, seul avec ma guitare, dans des pubs où personne n'écoutait, et je continuais. C'est formateur. Je suis heureux d'avoir connu les hauts comme les bas. Maintenant, je me sens légitime, et je n'ai peur de rien !

Tu viens d'ouvrir ton propre studio, Axess Studios, à Bergerac. Étonnant, pour un habitué d'Abbey Road...

Abbey Road, c'est l'endroit où je me sens le mieux au monde. Mon Disneyland à moi. Mais soyons réalistes, c'est très cher, et pas idéal pour composer tranquillement, sans pression et sans argent. Axess Studios, c'est chez moi : mes instruments, mon piano, mes amplis, mes micros, et surtout tout mon temps. Je peux travailler sur ce que je veux, quand je veux, avec qui je veux. On peut imaginer que c'est là que naîtront mes prochains titres.

▸▸ Avance rapide. Deux ans plus tard, en 2021, Lucky Me ressort en vinyle, en édition limitée.

dbClifford, Lucky Me (Samadhi Music, 2019).

Photos avec l'aimable autorisation de dbClifford.



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