Elvira, maîtresse des ténèbres, ressuscitée
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| L'affiche du coffret, par Jérémy Pailler. Visuel Bach Films. |
Ladies and Dobermann, Elvira souffle ses trente bougies, vissées dans la crème d'un de ces monstrueux gâteaux américains. Trois décennies plus tard, son costume de diva gothique se porte encore aux quatre coins du globe pour Halloween. Voici quelques ingrédients secrets d'un film au parfum suranné, mais diablement délicieux.
Elvira, maîtresse des ténèbres, réalisé par James Signorelli en 1988, sort enfin en DVD et Blu-ray. Trente ans d'attente pour les fans. L'été 1992, je l'avais enregistré sur Canal+, sur une VHS mille fois usée. Trop tard, le virus était inoculé. Sa résurrection vient de France, grâce à un financement participatif. La collecte a couvert les droits du film et la production d'un documentaire inédit sur le phénomène Elvira en France, Le Diable au gore, réalisé par Carine Bach et monté par Yannick Delhaye. Cinquante minutes rythmées, captivantes. Un régal.
Bravo à l'équipe de Bach Films, qui écume le monde depuis 2003 pour redonner vie à des films perdus, oubliés, rares ou inédits. De vrais passionnés.
Faites sauter le pop-corn. Le film paraît loufoque, mais c'est une satire sociale menée tambour battant. L'histoire tient dans un pot d'Edrazeba. Elvira veut monter un spectacle à Las Vegas ; il lui manque 50 000 dollars. Elle apprend la mort de sa grand-tante Morgana, richissime. Aussitôt, elle déboule dans sa Ford Thunderbird customisée, dans un village très conservateur du Massachusetts, pour la lecture du testament. Commence une cascade de tracas. Chastity Pariah, une mégère de la ligue de moralité, veut l'éloigner de la jeunesse. Le conseil municipal voudrait la brûler comme sorcière. L'oncle Vincent rêve de lui jeter un sort. Courageuse Elvira.
En 1989, sur la Croisette, à Cannes, impossible de résister à la tornade Elvira. Derrière elle, Cassandra Peterson, qui s'était fait connaître en présentant une émission hebdomadaire de films d'horreur, Elvira's Movie Macabre. Le personnage s'est ensuite décliné en jeux vidéo, en bandes dessinées, dans les parades d'Halloween et la Gay Pride de San Francisco.
« Je m'appelle Elvira, mais vous pouvez m'appeler... ce soir ! »
En France, le succès du film doit beaucoup, chose rare, à son doublage, drôle et réussi. La voix d'Elvira, c'est Évelyne Grandjean, la comédienne des Jeux de 20 heures et de L'Académie des neuf.
J'ai choisi le mediabook collector, avec l'affiche très réussie de l'illustrateur Jérémy Pailler et un livret de trente-six pages façon fanzine : dossier et revue de presse d'époque, entretien de Cassandra Peterson. L'une des plus jolies éditions que j'aie vues. Le film y est proposé en version originale sous-titrée et en version française d'origine, restauré en 16/9, et en 4/3 pour les nostalgiques de la VHS. De quoi faire de très mauvais rêves.
Cinq questions à Carine Bach, réalisatrice du Diable au gore
Qui est à l'origine de cette réédition ?
Cela fait plusieurs années que nous sommes sur la piste d'Elvira. C'est un film culte, et l'équipe de cinéphiles de Bach Films n'a pas échappé à la tornade ! 2018 était l'année parfaite, celle des trente ans du film. Le deuxième film, Elvira et le château hanté, était sorti en DVD en France il y a une dizaine d'années, mais pas Elvira, maîtresse des ténèbres. Seule la VHS existait. Une édition collector digne de ce nom s'imposait. Et nous sommes en plein revival des années 80, avec Stranger Things ou Ready Player One, de Spielberg.
Comment avez-vous conçu l'édition ?
Nous nous sommes rapprochés de Novobox, spécialiste des emballages spéciaux. Le mediabook s'est imposé tout de suite, avec son livret intégré. Le phénomène Elvira méritait qu'on y revienne à travers le dossier de presse d'époque, des articles, des entretiens. Nostalgie pour les fans de la première heure, découverte pour les novices ! Les illustrations du coffret sont du très talentueux Jérémy Pailler, que notre graphiste et ami John Capone suivait depuis longtemps. Cinéphile et fan d'Elvira, il nous a proposé une illustration magnifique.
Quelles ont été les étapes de la restauration ?
L'ayant droit nous a fourni la copie restaurée en haute définition, au format 16/9. Nous tenions à ajouter le format 4/3 d'origine pour les fans purs et durs. Surtout, le public français a découvert le film en salle puis en VHS, en version française. Le doublage est hilarant et a beaucoup contribué au succès d'Elvira. D'aucuns disent que la VF est plus drôle que la version originale... À vous de comparer !
Pourquoi ce documentaire ?
Nous accompagnons toujours nos éditions de bonus. J'avais déjà réalisé avec Yannick Delhaye un petit documentaire pour notre coffret Ed Wood, et l'accueil avait été bon. Pour Elvira, nous avons réuni Catherine Falgayrac, alias Sangria, qui présentait Les Accords du diable sur La Cinq, notre Elvira nationale ; Numa Roda-Gil, qui avait reçu Cassandra Peterson dans son émission Babylone ; Évelyne Grandjean ; François Frey, l'attaché de presse de l'époque ; les réalisateurs Yann Gonzalez, Alexandre Bustillo et Julien Maury ; et des fans. Nous avons tenté d'interviewer Cassandra Peterson elle-même, sans succès, la reine du macabre ayant une légère gourmandise pécuniaire... Un mal pour un bien : notre documentaire est cent pour cent français, consacré au seul phénomène Elvira en France.
Quel est l'enjeu des rééditions de Bach Films ?
Nous sommes un petit éditeur indépendant, avec près de 800 films au catalogue. Notre but : défendre le patrimoine cinématographique du monde entier, rendre visibles des films oubliés, ou qui n'avaient jamais connu d'édition VHS ou DVD. La copie n'est pas toujours parfaite, mais nous préférons déterrer des pépites que les laisser dans l'oubli, et nous restaurons dès que nos moyens le permettent. Passer du muet à la série Z des années 40, explorer le cinéma mexicain, japonais, italien ou russe, c'est notre plus grand plaisir.
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| Le mediabook collector d'Elvira, maîtresse des ténèbres (Bach Films). Photo © ChronicleFred. |


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