Chris Morris en bonne voix
Le son West Coast est né dans les bouchons. Dans les années 70, à Los Angeles, les automobilistes coincés sur la 405 zappent d'une station à l'autre. Pour les retenir, les radios inventent une griffe sonore : effets électroniques percutants, jingles aux harmonies envoûtantes. KFRC à San Francisco, KIIS FM à Los Angeles. Sur les ondes, les Eagles, les Doobie Brothers, Ambrosia, et un rock adouci par les vagues du Fender Rhodes.
De l'autre côté de l'Atlantique, dans le sud de la France, Christophe Maurice, alias Chris Morris, anime depuis septembre 2015 une émission qui en a gardé l'esprit : California Spirit. Une heure de perles rares et de nouveautés, pop rock, folk, jazz rock, smooth jazz, ce que les deejays américains appellent encore l'AOR. Ouverture sur un jingle puissant, dans un vrai format américain : « This is California Spirit with Chris Morris! » Montez le son.
Rencontre avec Christophe Maurice
Pourquoi la radio thématique West Coast ?
Avec Anthony, alors programmateur de Radio Campus Montpellier, nous avons eu l'idée de nous inspirer des radios thématiques du jeu GTA : des hits très éclectiques, une programmation calquée sur le Top 40, un habillage sonore digne des grandes stations américaines. Mon ami Roy Braverman y prête sa voix d'enfer.
Mais ma passion est double : la musique et la radio. Dans les années 80, je traînais chez un vrai disquaire de Cannes, ma ville d'origine, Mélodies en sous-sol. À quinze ans, je tombe par hasard sur The Nightfly, de Donald Fagen. Depuis ce jour, j'ai su que cette musique ferait partie de ma vie.
Côté radio, j'ai douze ans en 1981 quand la libération des ondes fait affluer des dizaines de radios libres sur la Côte d'Azur : Aurélia, Cannes Radio, Riviera FM, Radio Baie des Anges... J'enregistre des émissions, avec les interventions des animateurs que j'avais bien envie de remplacer ! L'une d'elles, Palm Beach FM, qui émettait de la pointe Croisette, proposait une programmation mellow rock calquée sur le Billboard : Hall & Oates, les Doobie Brothers, Al Jarreau, Stevie Wonder, Michael Jackson. Le top ! Quelques années plus tard, elle a été rachetée par une radio au logo de trois lettres avec une panthère noire. Tu la connais très bien, je crois !
Comment choisis-tu tes disques ?
Soixante minutes, c'est très court pour satisfaire chaque semaine le plus grand nombre, alors je fais au mieux. Je traîne sur les réseaux sociaux pour découvrir des nouveautés, et je n'hésite pas à contacter directement les artistes. Ils sont presque tous adorables et ravis qu'on joue leurs albums, et très souvent étrangers. Pour les classiques des années 70 et surtout 80, je pioche dans le catalogue Billboard.
Qui t'écoute ?
Grâce aux réseaux sociaux, j'ai tissé un noyau dur de fidèles, à Madrid, en Suède, à Copenhague, à Minneapolis. Mes auditeurs japonais sont de vrais experts en AOR. Ils sont plus d'un millier, jusqu'au Pérou, au Chili, aux États-Unis bien sûr, d'où tout est parti, de Laurel Canyon, à Los Angeles. Côté âge, je n'ai pas de chiffres, mais on est plutôt dans la tranche quadra et plus !
Comment a commencé ton aventure à la radio ?
J'aurais pu commencer au milieu des années 80, mais une timidité maladive m'en a empêché. J'ai visité bon nombre de radios sur ma Mobylette, parlé avec les animateurs vedettes, sans arriver à me vendre. C'est mon plus grand regret. En 1992, une radio associative de Grasse m'a pris sous son aile. J'y ai appris la technique, l'animation, le montage sur Revox. Puis, faute de débouchés, j'ai bifurqué, en gardant la radio au fond de moi. En septembre 2012, l'envie était trop forte : j'ai proposé mes services à Radio Campus Montpellier, alors âgée de deux ans. Mon projet s'appelait Oldies but Goodies, une mensuelle d'une heure, chaque émission sur un thème ou une année. Deux saisons plus tard, c'est devenu California Spirit, une hebdomadaire bien plus dynamique, que je réalise et anime de A à Z.
Une émission te captivait-elle, dans les années 70 et 80 ?
Dans les années 70, j'étais trop petit. Ma seule radio de référence, c'était Radio Monte-Carlo, et son hit-parade n'était pas très rock ! Il a fallu attendre le milieu des années 80 pour que j'écoute pour la première fois Georges Lang, et son émission culte, Saga, le dimanche après-midi. Des spéciales Eagles, Doobie Brothers, Beatles, et même George Michael, car il collait à l'actualité. Georges Lang m'a beaucoup inspiré. C'est une bible de la mémoire musicale.
Quelle place pour la West Coast sur les radios françaises ?
Très peu, malheureusement, surtout sur les réseaux nationaux. Manque d'originalité, peu de prise de risque. Quelques noms se comptent sur les doigts d'une main : Nicolas Lespaules, Francis Zegut, Georges Lang, qui se font plaisir avec du bon rock et de vraies guitares. Et puis il y a Internet, et quelques irréductibles comme moi sur les radios associatives. Tant qu'on pourra, on le fera !
Quels artistes d'aujourd'hui ont capté l'esprit West Coast ?
Indéniablement, 2016 a été l'année de Young Gun Silver Fox, avec le génial Shawn Lee, multi-instrumentiste, producteur, arrangeur, et Andy Platts. Leur album West End Coast rend hommage aux Doobie Brothers, aux Eagles, à Steely Dan, à Hall & Oates. Côté smooth jazz, une New-Yorkaise sort du lot : Lindsey Webster, une voix exceptionnelle.
▸▸ Avance rapide. En 2018, California Spirit quitte Radio Campus Montpellier et devient une émission indépendante, diffusée par plus de vingt radios en France, en Belgique et en Suisse. Elle continue depuis, saison après saison, sur Mixcloud.
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| Chris Morris, alias Christophe Maurice. |


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