Le plus beau métier du monde

Colleen, à Riverview High School, Sarasota.

Sarasota, Floride. Riverview High School est un lycée impressionnant. Immense, moderne, élégant, soigné. Il a même son planétarium, qui vous emmène aux confins de l'univers. Dans les larges couloirs, des affiches pour préparer son avenir, et parmi elles, des prospectus de l'armée. Plus loin, des adolescents manient des fusils d'exercice. Fanfares spectaculaires, équipes sportives, supporteurs vitaminés au pop-corn, pom-pom girls éblouissantes : ici comme partout aux États-Unis, le lycée vit aussi pour le sport.

C'est ici que je suis allé voir Colleen. Enseignante passionnée, elle s'occupe d'une classe d'élèves atteints de troubles cognitifs importants. Avec elle, ils apprennent à vivre ensemble, à gagner en autonomie. Certains rejoignent ensuite les classes générales. Diplôme à la clé. Le plus beau métier du monde commence ici.

Entretien avec Colleen, enseignante en Floride

Quelle est ta mission, ici ?

J'enseigne en éducation spécialisée, auprès d'élèves qui ont des troubles cognitifs importants. Il y a encore deux ans, l'objectif était un programme fonctionnel, des bases en lecture, en écriture et en mathématiques, pour les rendre aussi autonomes que possible selon leurs besoins. Récemment, l'État a poussé pour y intégrer davantage d'enseignement général : algèbre, géométrie, biologie, économie. Certains parents l'ont contesté, estimant que cela n'aidait pas leurs enfants dans la vie réelle.

Par rapport à la France, l'orientation des élèves est-elle plus juste ou plus injuste ?

Je sais qu'en France, les enseignants peuvent s'organiser et faire grève quand ils s'opposent à une politique. Je pense aussi que la France s'occupe probablement mieux des élèves qui veulent quitter le cursus général, en leur offrant d'autres voies de formation et de métier. Depuis qu'un programme unique s'applique dans plus de la moitié des États, ces élèves sont moins bien servis. Beaucoup, qui auraient pu être orientés vers un métier, finissent par abandonner. Dans les plus grands États, le taux de réussite au diplôme de fin d'études secondaires tourne autour de 80 à 85 %. En Floride, il est d'environ 70 %.

Les enseignants n'ont pas le droit de grève en Floride ?

Non. Nous avons des syndicats pour négocier les contrats, les salaires, mais la Floride applique les lois dites « Right to Work », et les agents publics n'y ont aucune protection en cas de grève. Autrement dit, l'employeur, ici l'État de Floride, pourrait mettre fin au contrat d'un enseignant qui refuse de travailler.

Les élèves handicapés sont-ils bien intégrés à l'école publique ?

Je ne crois pas qu'une intégration complète soit la meilleure solution pour tous les handicaps. Nous faisons un travail plutôt correct pour intégrer les élèves quand c'est possible, et certains apprennent mieux dans des classes adaptées à leurs besoins. Mais les élèves dont je m'occupe, ceux qui ont des déficiences cognitives importantes, ne sont pas, à mon avis, aussi intégrés qu'ils le devraient. Nous avons travaillé pour changer cela, et j'espère que l'an prochain, ils entreront dans plusieurs classes d'enseignement général.

Quel serait, selon toi, un meilleur programme pour l'école publique américaine ?

J'aimerais moins de tests à forts enjeux et plus de choix pour les élèves. Nous disons de l'éducation actuelle qu'elle est « cookie cutter », taillée à l'emporte-pièce, depuis la loi « No Child Left Behind » et son programme commun. Tous les enfants apprennent différemment, à leur rythme, avec des capacités différentes. Je voudrais que l'école publique en tienne compte, au lieu d'imposer un programme qui ne convient pas à la diversité de nos élèves.

En visitant le lycée, j'ai vu des adolescents manier des fusils...

Au lycée, nous proposons des programmes de préparation militaire. Ils permettent d'entrer dans l'armée avec un grade plus élevé, et apportent une aide financière aux élèves qui veulent poursuivre leurs études. Les élèves y font du sport, des exercices militaires, une formation au commandement. Mais ils n'apprennent pas à tirer.

Ton plus beau souvenir d'enseignante ?

Voir mes élèves obtenir leur diplôme, contre toute attente !

Photos © ChronicleFred.


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