Un parfum de Californie

Le Golden Gate Bridge, à San Francisco. Photo © ChronicleFred.

Un parfum de côte californienne flotte sur la presse musicale. West Coast Music Magazine est un trimestriel anglais consacré au son West Coast. Plus qu'un genre, un concept, né sur la côte californienne, surtout à Los Angeles, reconnaissable entre tous à ses enregistrements impeccables. Le rock californien nourrit l'imaginaire de clichés : filles en Harley-Davidson, surfeurs en combi Volkswagen. Toute une génération rêve encore de ces harmonies parfaites écoutées en FM, toit ouvert, cheveux au vent, sur l'asphalte brûlant de la Highway 1, entre Los Angeles et San Francisco.

West Coast smooth, fusion, midnight disco : le magazine, créé en 2015 par Nick Mawson, accueille artistes et labels du monde entier. On se souvient des années 70 et 80, de Michael McDonald, Steely Dan, des Eagles, de Toto, d'America ou de Hall & Oates à la radio, et de « California 1 », l'hymne envoûtant de Con Funk Shun. La flamme brûle encore. De Brian Wilson à la révélation Young Gun Silver Fox, le magazine fait aussi une place au savoir-faire français : Gaël Benyamin, alias Geyster, et le Bisontin Jérôme Beuret, de Louis Lake. Comme une « Summer Breeze », la chanson de Seals & Crofts de l'été 1972.

J'ai parlé avec Nick Mawson. Un Anglais à L.A., qui se définit comme un éditeur rêveur et vagabond.

Entretien avec Nick Mawson

Êtes-vous né sur la côte Ouest ?

Malheureusement non, ma maison est au Royaume-Uni. J'échangerais volontiers notre climat contre le soleil de Californie ! J'ai toujours vécu en Angleterre. Mais j'ai voyagé partout dans le monde, dans des endroits passionnants, et c'est toujours la musique West Coast qui me rappelle ces moments merveilleux.

Comment la musique est-elle entrée dans votre vie ?

J'aime la musique depuis tout petit, et au fil des ans, la West Coast est le genre dont je retombe toujours amoureux. Mes premiers souvenirs musicaux, ce sont les Carpenters sur la radio de ma grand-mère, au tout début des années 70. J'aime encore la voix de Karen Carpenter aujourd'hui. Je crois que la première chanson dont je me souvienne est « Yesterday Once More ». Pour un enfant des années 70, c'était l'âge d'or. Comme tous les gamins qui se cherchent, j'ai aimé différents groupes à différentes époques. Mais mon meilleur ami avait une grande sœur qui écoutait de la West Coast en permanence, bien avant que le mot existe, et ça me plaisait sans que je sache ce que c'était ! David Soul, Andy Gibb, les Bee Gees, les Eagles, Olivia Newton-John, Donna Summer, Barbra Streisand... Son influence sur mes goûts a été incroyable.

La scène rock américaine des années 70 et 80 est-elle de retour ?

Je ne crois pas qu'elle soit jamais partie. Mais en vieillissant, je reviens volontiers aux artistes familiers et aux albums de référence. J'aime écouter la musique avec laquelle j'ai grandi, parce qu'elle me rappelle toujours un moment et un lieu de ma jeunesse. J'adore James Taylor, America, Hall & Oates, les Eagles. Cela dit, j'aime la musique tout court : mes goûts ne se limitent pas à la West Coast, seulement à la bonne musique, quel qu'en soit le genre.

Que pensez-vous de la nouvelle génération française, Geyster ou Louis Lake ?

J'adore les chansons de Gaël Benyamin. Il a été mon tout premier entretien pour le magazine, et il m'a offert son temps et sa confiance avec une grande générosité. J'aime surtout ses premiers albums conceptuels et ses propres compositions. « Not An Ordinary Girl », son duo avec Ed Motta sur la trilogie Knight Games, l'an dernier, est l'une des meilleures chansons de 2015. J'ai aussi eu la chance d'interviewer Jérôme Beuret, de Louis Lake, un garçon formidable. J'espère qu'ils retourneront bientôt en studio ensemble pour un nouveau Nightshift, parce qu'ils composent vraiment bien à deux.

Un magazine imprimé est-il essentiel à la carrière d'un musicien ?

Question difficile. On espère qu'en parlant des musiciens dans un magazine comme le nôtre, on les aide à toucher un public plus large. Bien sûr, Michael McDonald, Bill LaBounty ou Kenny Loggins ont déjà d'immenses bases de fans : c'est un honneur de les mettre en avant, mais ils n'ont pas vraiment besoin de nous. En revanche, dans chaque numéro, notre rubrique « Up & Coming... » présente de nouveaux artistes qui correspondent au genre, et j'aime penser que nous leur offrons une précieuse visibilité. Nous avons parlé de Falqo, de William Sikström, de J. Canady, et l'écho a été incroyable. Je crois vraiment qu'il faut soutenir les artistes à tous les niveaux. Si leur musique est géniale, faisons-le savoir !

Aviez-vous déjà travaillé dans la presse ?

Oui, j'avais écrit quelques articles. Mais au départ, j'étais un jeune auteur-compositeur, et comme beaucoup, j'adorais l'excitation de créer trois minutes de magie avec une chanson. C'est la meilleure sensation au monde ! J'ai toujours aimé ce côté créatif, et lire et écrire sur la musique aussi. Le moment me semblait venu de lancer un magazine West Coast : beaucoup de gens aiment ce genre, et la presse musicale l'ignore presque complètement. C'est un travail énorme, mais le soutien des artistes, des groupes et des fans a été incroyable.

On prête à Miles Davis cette phrase : « La musique sonne toujours mieux quand on sait qui la joue. » Êtes-vous d'accord ?

Difficile d'être en désaccord avec Miles Davis ! Si je sais qu'un titre réunit David Foster, Jay Graydon ou Donald Fagen, je serai sûrement plus curieux de l'écouter. Mais il arrive sans cesse de nouvelles chansons géniales. Alors au fond, la question est de savoir si la musique est trop bonne pour être ignorée. Si elle est excellente, peu importe qui la joue, elle me conquiert très vite.

Nick Mawson, fondateur de West Coast Music Magazine.


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