Véronique Sanson, les années américaines
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| Yann Morvan, Véronique Sanson et Laurent Calut. Photo © Violaine Sanson-Tricard. |
J'ai ouvert le livre comme on déballe un trésor. Sous le film plastique, une odeur d'encre. Les amoureux du papier la connaissent bien. Moi, je la connais depuis le collège, où j'imprimais des fanzines sur la ronéo, bécane reluisante, ancêtre de la photocopieuse. Les spécialistes annoncent régulièrement la mort du livre. Ils ont tort, même quand ils ont raison. Comment raconter autrement la drôle de vie de Véronique Sanson ? Des photos d'époque, des lettres, des notes, de petits croquis : tout cela réclame du beau papier, épais, doux au toucher.
Des montagnes du Colorado à Hawaï, du Québec à Los Angeles, Yann Morvan et Laurent Calut racontent à quatre mains les années américaines de la chanteuse. Cent vingt-huit pages comme un film en Cinémascope. Pas un simple collage de lettres et de clichés : un document rare, pour les fans comme pour ceux qui la découvrent aujourd'hui. Le livre s'accompagne d'un double album, studio et live, qui porte le même titre que sa tournée triomphale.
Laurent Calut a aussi mis le livre en pages. C'est de ce travail-là que je voulais lui parler. Lui aussi a commencé par un fanzine.
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| Les Années américaines (Grasset, 2015). |
Entretien avec Laurent Calut
Trois noms figurent sur la couverture : Véronique Sanson, Yann Morvan et vous. Comment vous êtes-vous réparti le travail ?
Pour le texte, Yann et moi sommes coauteurs. Pour la mise en page, comme c'est mon métier, je m'y suis collé, évidemment avec le regard de Yann puisqu'on cosignait le livre. Nous ne sommes pas des auteurs connus : il était naturel que le nom de Véronique vienne en premier. Les gens achètent pour le contenu, pas pour les auteurs.
Le rôle de Véronique, c'est d'abord d'avoir accepté que le livre se fasse. On l'a vraiment fait avec elle. Yann et moi avons écrit un texte qu'on lui a soumis. Il y a eu une séance de relecture chez elle qui nous a pris des heures et des heures. Le premier soir, on a fini à quatre heures du matin, sans voir le temps passer ! Elle relisait en disant : « Ça, ce n'est pas comme ça que ça s'est passé, ça, c'est pas vrai, ça, par contre, je peux vous raconter... » On a modifié le texte en fonction de ses remarques. Les photos, on les a choisies avec elle. Yann et moi avions fait un premier choix, qu'on lui a soumis. Et là, c'est encore autre chose : le regard de l'artiste sur elle-même. On a passé encore du temps derrière l'écran ! La photo de couverture ne l'emballait pas vraiment, mais elle plaisait à tout le monde. Elle a fini par nous faire confiance.
Combien de temps le livre vous a-t-il demandé ?
Nous n'y avons pas travaillé à plein temps, chacun a ses occupations. Il me semble qu'on a signé le contrat en mars 2014, et on devait rendre la copie le 30 septembre, la date exacte de la préface de Véronique. Évidemment, on lui a couru après pour cette préface, et elle l'a rendue le dernier jour (sourire). On s'était donné rendez-vous à Paris ce jour-là, en lui disant qu'on ne pouvait plus attendre. Elle avait rédigé un brouillon dans la nuit, sur un cahier, et l'a mis au propre devant nous sur une feuille A4. On l'a scannée dans la nuit et envoyée tout de suite chez Grasset.
Vous avez su recoller des morceaux de vie sans aucune rigidité, ce qui donne au livre son côté intime. Aviez-vous une idée de la mise en page dès le départ ?
Je suis assez fataliste, les choses se font comme ça... J'y ai beaucoup pensé avant, évidemment. Mais fataliste dans un sens presque magique : j'ai l'impression que la mise en page s'est faite toute seule. Je faisais couler le texte et je me disais : « C'est le moment de mettre cette photo-là, ce fac-similé. » Je n'ai pas eu à revenir dessus, tout tombait bien, sans doute parce qu'on avait bien travaillé en amont, surtout sur les photos. On en a en rab, on n'a pas pu toutes les caser dans 128 pages. Et l'éditeur nous a laissé carte blanche.
Le papier épais, les pleines pages photo, les marges qui laissent respirer le texte font de ce livre un objet autant qu'un document. Qui a fait les choix typographiques ?
J'avais une typo en tête, le Kievit, que j'ai proposée d'emblée. J'ai montré un essai à Yann. On se doutait que plus on le montrerait, plus on aurait d'avis différents. Comme nous étions contents tous les deux, on a avancé en espérant que personne ne viendrait nous embêter ! Mais tout le monde était content. Nous avions le soutien inconditionnel de Violaine, la sœur de Véronique. L'idée du livre remonte à 2012, mais c'est elle qui y a cru la première et qui nous a obtenu le contrat d'édition. Elle a un savoir-faire irremplaçable. On a envoyé assez vite un PDF à Véronique, qui nous a rappelés pour dire que tout allait bien. Elle était très contente.
Le papier, c'était mon choix dès le départ. Il y a beaucoup de mooks en ce moment, ces trimestriels entre magazine et livre, surtout dans la mode. À la librairie anglaise de la rue de Rivoli, à Paris, il y en a un mur entier, tous sur ce même papier, et ils sont superbes. Je voulais ce papier-là, et son odeur. Il a fallu se battre un peu : les imprimeurs n'ont plus forcément envie de travailler en offset, et ce papier absorbe l'encre différemment, il demande un traitement spécial des photos. Grasset a fait un travail extraordinaire.
Votre blog, Harmonies Véronique Sanson, est une mine d'informations. D'où vient cette passion de l'archive ?
J'ai fait un petit fanzine de 1979 à 1984 ou 1985, Harmonies, consacré à Véronique. J'ai commencé comme ça. En 2009, quelqu'un m'a dit : « Tu sais que ça fait trente ans que tu as commencé Harmonies ? » Je me suis dit que c'était l'occasion de scanner les fanzines et de les mettre en ligne. J'ai créé le blog à ce moment-là. Une fois toutes les pages scannées, je me suis dit que ça ne faisait pas beaucoup, que je pouvais ajouter d'autres choses. J'ai retrouvé Isabelle de Funès et je l'ai interviewée, puis Marc Kraftchik, un ami musicien de Véro. Je me suis aperçu qu'il était mon voisin et qu'il avait des tas de choses à raconter. Puis j'ai scanné toute la presse de Véronique, pour la partager. C'est alors que Violaine nous a contactés, Yann et moi, pour remettre à jour le site officiel, au moment de l'album Plusieurs lunes, en 2010. Il y a donc deux choses en parallèle : le site, avec Yann, et le blog, que je fais seul et qui me permet d'aller plus loin.
D'autres projets de livre ?
On en a peut-être un... Écrire à deux, ce n'est pas évident ! On se l'est dit avant, pendant, mais finalement on n'aurait pas pu le faire l'un sans l'autre. On s'est beaucoup apporté. C'est stimulant d'écrire en sachant que quelqu'un va vous relire tout de suite. Après, il y a eu le travail avec l'éditrice, puis la relecture de Véronique. Mais à deux, c'était déjà vachement créatif ! On se notait des choses, ne pas oublier telle photo... On en a profité pour contacter des photographes. On a retrouvé la toute première série de photos de Véronique en artiste professionnelle : le noir et blanc du début du livre, page 10, signé Christian Rose. C'est Marc Kraftchik qui l'avait croisé et qui m'a appelé ! Le reste, ce sont des photos retrouvées chez Véronique, comme la série de la pochette du Maudit, découverte par hasard en faisant du rangement. On était comme des fous ! Il doit y en avoir trente-six, on a pu en mettre quatre. Les photos elles-mêmes pourraient faire un livre, elles sont magnifiques. Mais un tiers de texte, un tiers de fac-similés des cahiers, un tiers de photos : je crois que ça fait un bon cocktail.
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| Véronique Sanson, Colorado, mai 1975. Polaroïd, collection personnelle de Véronique Sanson. |
Merci à Laurent Calut pour sa gentillesse, pour le temps qu'il m'a consacré et pour les visuels qu'il m'a autorisé à publier.



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