Gilles Rodriguez à mi-chemin du paradis

Le bordelais est de retour après 500 jours autour du monde.

Une bonne étoile a brillé sur Gilles Rodriguez durant les 500 jours d’un incroyable périple autour du monde. Difficile de comparer ce trentenaire sportif et rêveur, irrépressiblement attiré par l’aventure, à l’excentrique Phileas Fogg, le héros du Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne, pour qui « l’imprévu n’existe pas ». Quand Hervé Rodriguez, le père de Gilles, m’a parlé du voyage de son fils il y a maintenant plus d’un an, j’ai bien sûr pensé à mes années soixante-dix. Comme la plupart des ados de l’époque, j’étais passionné par l’émission La course autour du monde, le jeu télévisé de Jacques Antoine créé en 1976. Des reporters en herbe parcouraient la planète avec une caméra super8 et un magnétophone à cassette. Leur voyage était parfois semé d’obstacles et de contretemps. Cette émission a inspiré beaucoup de futurs journalistes !

« Son parcours initiatique est un véritable ascenseur émotionnel »
– Chronicle Fred

Nul doute que Gilles aurait eu le profil idéal pour parcourir le monde et nous émerveiller de ses films. Aujourd’hui, plus de Super 8. Le globe-trotteur revient avec un souvenir d’un kilo, calé au fond du sac à dos. Un journal de bord sous la forme d’un pavé de 390 pages. Ce récit palpitant est illustré de superbes photos, des anecdotes et des rencontres aussi extraordinaires que bouleversantes. « Carte blanche » est une véritable bouteille d’oxygène. Avouons-le sans détour, son parcours initiatique est un véritable ascenseur émotionnel. Le jeune aventurier maîtrise parfaitement le suspens pour tenir en haleine le lecteur, jusqu’au retour incognito du fiston à Bordeaux, le jour des 60 ans de son père. Admirable. Netflix pourrait bien s’en inspirer.

Tout commence la veille de ses vingt-trois ans. Diplôme de restauration en poche, le Chef cuistot mijote ses rêves de gosse. Un métier qui permet selon lui « d’alimenter sa passion, les voyages ». « Mes chers parents je pars », comme le chante Sardou… Il s’envole pour la Nouvelle-Calédonie avec un billet sans retour, séjourne sur les terres mélanésiennes pendant deux ans, puis s’installe à Saint-Barth, l’une des plus belles îles des Petites Antilles. Rien à voir avec des vacances. À l’heure où le tourisme de masse remet en cause l’équilibre global de la planète, ce voyage est une quête presque philosophique pour Gilles. La recherche d’une connaissance sur soi, les autres et le monde.

« Les trois compères troquent le menu du jour pour une carte IGN »

En 2015, il se lie d’amitié avec Romain et Denis, deux amis cuisiniers à Gustavia, principal bourg de l’île. Les trois compères troquent le menu du jour pour une carte IGN et décident de partir découvrir le monde tant qu’il est temps, ici et maintenant. Décision irrévocable. Six mois de préparation plus tard, le trio s’envole en direction du Mexique. L’aventure des Glob’Brothers commence au-dessus de l’océan.

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Interview de Gilles Rodriguez par Fred

Qu’est-ce qui t’a poussé à partir faire le tour du monde ? Touristique ou initiatique ?

Il y a une dizaine d’années, j’ai pris un aller simple pour Nouméa (Nouvelle-Calédonie). Je suis parti seul avec un sac à dos et pas vraiment de projet. C’était un genre d’échappatoire à la vie que je menais à l’époque. Et cette issue de secours s’est vouée en un véritable mode de vie durant la décennie qui a suivi.

Après deux ans en Nouvelle-Calédonie, je me suis installé à St-Barth dans les Antilles. J’y ai enchaîné les saisons et quatre années se sont rapidement écoulées. J’avais déjà quelques voyages à mon actif et j’ai profité de mes vacances d’intersaisons pour découvrir d’autres pays du monde. Il fallait aussi que je rentre en France pour voir ma famille.

Une certaine routine s’est installée au fil des années, et j’ai eu besoin de tout couper, de faire le vide. De m’échapper de cette zone de confort dans laquelle j’étais et de voir jusqu’où je pouvais aller.

J’ai fait le tour du monde car c’était un rêve à ma portée. Je m’en serais mordu les doigts tout le reste de ma vie si je n’avais pas au moins essayé. Et j’en ai appris énormément sur le monde et surtout sur moi-même. Initiatique nous dirons donc.

Comment se prépare-t-on à ce genre d’expédition ?

Les préparatifs ont été la partie la plus amusante. Nous avons validé le projet six mois avant le départ avec mon ami Romain, qui était alors mon voisin à St-Barth. Tous les après-midi, nous nous retrouvions sur sa terrasse et tracions un itinéraire approximatif sur une carte du monde accrochée au mur (même fictif, puisque nous ne l’avons pas suivi). Nous avons ensuite établi une liste du matériel nécessaire : tente, sac de couchage, chaussures de trek, et avons estimé le poids de notre paquetage à 12 kg. Erreur de taille, il n’en faisait pas moins de 25 le jour du départ.

Nous nous sommes retrouvés chez mes parents à Bordeaux un mois avant le départ et avons acheté en double la plupart des équipements.

Combien as-tu usé de paires de chaussures ?

Je n’avais qu’une seule paire de chaussures de trek pour tout le périple. J’avais évidemment des baskets classiques quand nous étions en ville, mais tout ce qui est randonnée, ce sont mes Merrell qui ont fait le boulot. Je les ai abandonnées au Népal le dernier jour de voyage, après plus de 200 kilomètres de trek dans le sanctuaire des Annapurnas.

« Je tombe en larme dans les bras de mon père qui ne comprend pas ce qu’il se passe »

Quel a été le moment le plus émouvant ?

Le moment le plus émouvant fut sans la moindre hésitation le dernier jour du périple. Le matin du retour chez moi. Personne ne savait que je rentrais à la maison, et c’était le jour des 60 ans de mon père. J’arrive à l’aéroport de Mérignac et lui envoie un message pour lui souhaiter un joyeux anniversaire depuis le Népal. J’en profite pour lui demander ce qu’il fait pour fêter ses 60 ans. Il me répond qu’il va sûrement prendre la route pour les Pyrénées dans quelques minutes. À partir de là c’est la course. Je saute dans un taxi et fonce vers Saint-Aubin. Le chauffeur me laisse à une centaine de mètres, j’ai la boule au ventre, je suis épuisé, et je boîte. Je passe par derrière la maison et me retrouve nez à nez avec mes parents qui sont en train de bricoler au garage. Je n’arrive plus à parler, je tombe en larme dans les bras de mon père qui ne comprend pas ce qu’il se passe. Puis dans ceux de ma mère. Je me dirige ensuite chez ma sœur qui ouvre à peine ses volets. Une surprise de taille. Un grand moment d’émotions.

Ton meilleur moment ?

Il y a eu tellement de bons moments qu’il est difficile d’en distinguer un seul. Ce qui me vient à l’esprit, c’est le jour où nous avons découvert la laguna 69 au Pérou. C’était notre première ascension à plus de 4600 mètres, et le spectacle que nous avons découvert au sommet dépassait de loin ce que nous avions imaginé.

Le pire moment ?

Le jour ou j’ai pris la route avec ma bécane rouge pour contourner la frontière Laos/Cambodge en passant par le Vietnam.

Je me sépare de mon acolyte le matin. Lui, prend le bus pour le Cambodge, et moi je prends la route direction la frontière vietnamienne. Sauf que rien ne s’est passé comme prévu. Armature de la moto qui se déssoude, pot d’échappement qui cède, moteur et embrayage qui lâchent… Un cauchemar.

Après plus de 300 kilomètres, obligé de faire demi-tour car l’état de mon engin ne me permettait pas de continuer. Et de retour au point de départ, la bécane ne roulait plus. Et mon ami était déjà au Cambodge depuis des heures. Mon visa n’était plus valable. La totale !

Comment ta famille a réagi pendant ce périple ?

Beaucoup d’inquiétude et de prévention au début, puis de l’admiration et de la fierté.

As-tu eu des récits de voyages ou des explorateurs qui t’ont inspiré ?

Pas vraiment avant notre départ. Je ne suis pas un grand lecteur à vrai dire, et avant ce voyage, je n’avais jamais lu un livre en entier (sauf celui pour arrêter de fumer). J’avais un ami de lycée, aujourd’hui décédé, qui avait pas mal baroudé et qui m’a inspiré. Je lui rend hommage à la fin du bouquin. J’admire évidemment les exploits de Mick Horn et j’ai adoré le film « Into the Wild » mais à part ça, je n’ai pas de nom ni d’exemple précis en tête.

Comment se sont déroulées les étapes de la réalisation du livre « Carte blanche » ?

Je dois le livre Carte Blanche à mon père. Sans lui, le bouquin n’aurait jamais vu le jour. Il faut dire qu’il a insisté pour que je le fasse. Et il a eu raison. Le résultat est vraiment à la hauteur. C’est évidemment moi qui ai tout écrit et tout photographié. Mais sans la mise en page, cela serait resté virtuel.

J’alimentais la page facebook « The Glob’Brothers » tout au long du voyage, mais j’ai mis un moment à vraiment me prêter au jeu. Il y a tout de même les grandes lignes du bouquin sur la page. J’ai réécris les quatre premiers mois et fait des corrections sur le reste.

Et via internet (car je vis à St-Barth), nous avons mis en page le bouquin avec mon père. Surtout lui en fait. Et ma mère est repassée derrière nous pour corriger. Évidemment !

« Et pourquoi pas des enfants un jour. Je leur trouverai une place dans mon sac à dos »

Quels sont tes projets pour la suite ?

Je vais continuer à voyager chaque année jusqu’à ce que Cupidon s’en mêle. Je n’ai pas vraiment de schéma type en tête. Le cocktail Mariage/maison/crédit m’angoisse quelque peu. La route est encore longue et j’ai encore beaucoup de choses à découvrir. Et pourquoi pas des enfants un jour. Je leur trouverai une place dans mon sac à dos.


Livre « Carte Blanche » par Gilles Rodriguez : Disponible dès maintenant !
Qui n’a jamais rêvé de tout plaquer pour partir à l’aventure sur les sentiers du monde ?
Je vous recommande la lecture de ce magnifique ouvrage. 390 pages de récits et photos, d’anecdotes inédites, de rencontres et d’aventures. Un journal de bord qui vous guidera sur les traces des Glob’Brothers durant plus de 500 jours de périple.

Disponible ici !

    Destinations : TOP 5 de Gilles

  1. Pérou
  2. Polynésie
  3. Népal
  4. Mélanésie
  5. Caraïbes

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Merci à Gilles Rodriguez pour sa spontanéité, le temps consacré à notre entretien entre deux avions et les visuels qu’il m’a aimablement autorisé à publier. Super merci à mon grand ami Hervé Rodriguez pour son aide et sa gentillesse. Les informations contenues dans cette chronique sont publiées sous toutes réserves. Le lien du livre « Carte blanche » est indiqué à titre informatif.